TANIZAKI, Junichiro, 1933 : Éloge de l’ombre, Éditions Publications ORIENTALISTES DE FRANCE .

GARDETTE Marion

 

TANIZAKI, Junichiro, 1933 : Éloge de l’ombre, Éditions Publications ORIENTALISTES DE FRANCE .

 

 

L’AUTEUR

 

Né à TOKYO en 1886 et mort en 1965, TANIZAKI se détache au premier plan de la littérature japonaise. Certains de ses livres font figure de classiques, même en occident, comme l’éloge de l’ombre et La Confession Impudique.

 

Tout au long de sa vie il explore l’empire des sens, les zones voluptueuses et les troubles du désir humain. Ses principaux écrits oscillent tous entre l’attrait pour la civilisation occidentale et la célébration des valeurs traditionnelles.

 

LE LIVRE

 

Jûnichiro TANIZAKI (1886-1965) à 47 ans quand il écrit l’Éloge de l’Ombre, en 1933. Il se pose comme quelqu’un déjà hors du temps qui se retourne vers la société japonaise, et déplore son occidentalisation trop marquée. Le livre est un plaidoyer pour la valeur esthétique de l’ombre dans la civilisation japonaise effacée par la révolution industrielle d’influence occidentale sous l’ère Meiji (l’ère de la clarté). TANIZAKI prend pour sujet la conception et l’élaboration de sa propre maison, mais ce sujet n’est que prétexte à l’élaboration de son éloge.

 

Il s’insurge dans un premier temps contre l’électrisation brutale, la disparition des fenêtres en papier huilé, la mise au grand jour d’un art traditionnel destiné à être vu dans les ombres de ces maisons traditionnelles. En effet, avec l’ampoule, disparaît « la beauté d’une pièce d’habitation japonaise, produite uniquement par un jeu sur le degré d’opacité de l’ombre se passe de tout accessoire. » Son discours s’étend ensuite à la cuisine japonaise : « La cuisine japonaise, a-t-on pu dire, n’est pas chose qui se mange, mais chose qui se regarde. »

 

Il décrit les jeux d’ombres de la vaisselle japonaise comme celle sur les bols en laque destinés à recevoir la soupe sombre japonaise. Il est inconcevable pour lui que cette soupe soit servie ailleurs que dans un lieu éclairé parcimonieusement, la soupe perdrait de son mystère et donc de son goût.

 

Et après avoir décrit les jeux de l’ombre dans les reflets sombres des laques cinabres, à peine réveillées par une touche d’or qui devient éclatante dans ce clair obscur, après avoir révélé toute la beauté d’ une simple soupe dont les reflets se jouent dans un bol de laque sombre, il nous dévoile sa vision de la beauté féminine : « Nos ancêtres tenaient la femme, à l’instar des objets de laque à la poudre d’or ou de nacre, pour un être inséparable de l’obscurité, et autant que faire se pouvait, ils s’efforçaient de la plonger tout entière dans l’ombre. ». La beauté d’une femme ne se perçoit que dans la pénombre, lorsque celle-ci a noircit ses dents, est habillée de sombre, alors seul la pâleur de son visage apparaît et celui-ci n’est pas jaune mais blanc.

 

LA POSITION DE L’AUTEUR

 

Le discours de TANIZAKI est basé sur la « dénonciation » du modernisme occidental, dans sa confrontation à la culture japonaise. La question qu’amène le livre est finalement de savoir que serait devenu la culture japonaise de l’esthétique si le japon avait construit sa propre modernité.

 

TANIZAKI, oppose souvent à ses descriptions une vison simpliste du monde occidental : blanc, lumineux et hygiénique. Mais ce livre a été écrit en 1933 et l’on peut penser qu’il souffre d’un certain manque de recul par rapport à la connaissance du monde occidental, et au progrès que celui-ci a imposé au reste du monde.

 

Clairement TANIZAKI se pose en défenseur de la maison traditionnelle japonaise, mais bien que les débuts du livre inspirent une certaine compassion à l’égard d’un certain radotage nostalgique. On comprend vite que TANIZAKI n’est pas un vieillard hors du temps, il essaye juste de raconter ce que l’esthétique japonaise de l’ombre amène comme, mystère, surprise et atmosphère dans les intérieurs.

 

Cette culture de l’ombre ne devrait pas selon lui être abandonnée au profit de la modernité. Mais il ne s’oppose pas au progrès occidental cependant « dans la mesure où notre peau jamais ne changera de couleur, il faut nous résoudre à supporter éternellement des inconvénients que nous sommes les seuls à subir ».

 

ET L’ARCHITECTURE ?…

 

Le livre renseigne sur la maison traditionnelle japonaise, sur ses matériaux, ses jeux de lumière diffuse. L’auteur renseigne sur mille et une façon d’intégrer la modernité à l’architecture japonaise, mais ce qui attire le plus l’attention est son discours sur la lumière.

 

La lumière s’enfonce peu à peu dans les maisons filtrées par des parois de papier huilé. Chaque ambiance de lumière détermine un espace d’avantage que les murs. Le dépouillement des pièces est du au plaisir de regarder la lumière et l’ombre animer les surfaces, nul est besoin de décoration puisque la lumière fait vivre les lieux.

 

Enfin, c’est dans la description des toilettes japonaise que nous comprenons toutes la poésie de la culture d’habiter japonaise. Celles-ci doivent être écartés de la maison, et ouverts.

 

Si nous voyons dans cette tradition un inconfort certain, TANIZAKI lui pense : « c’est dans les lieux d’aisance que l’architecture japonaise atteint les sommets du raffinement. » En effet, c’est dans un lieu de pénombre, où il est possible de voir le ciel, d’écouter les oiseaux que la culture japonaise a réussi « par une étroite association avec la nature » « à transmuer en un lieu d’ultime bon goût l’endroit qui, de toute la demeure devait par destination être le plus sordide ».

 

TANIZAKI, Junichiro, 1933 : Éloge de l’ombre, Éditions Publications ORIENTALISTES DE FRANCE .